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Le Chantier Fantasio : Enquête sur un processus de création à l'Opéra Comique

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Description

Chef d'œuvre méconnu de Jacques Offenbach, qui n'a pas été joué depuis sa création en 1872, Fantasio rouvrira les portes de l'Opéra Comique après dix-huit mois d'un chantier de rénovation d'une durée et d'une ampleur inédites. Cette fermeture se produit à un moment charnière, alors que les différents acteurs culturels – professionnels du spectacle, médiateurs culturels – prennent la mesure des défis que l'opéra, comme l'ensemble des « mondes de l'art » vont avoir à relever pour repenser le rapport à ce qui « fait scène », devant des publics renouvelés et dans un contexte de crise économique et de désengagement accéléré de l'Etat en matière culturelle. Si bien que l' « invisibilité » relative de l'Opéra Comique auprès du grand public durant de longs mois, le poids financier des travaux conjugués à la remise à plat attendue des termes de l'accord qui lient l'établissement à la tutelle du ministère de la Culture apparaissent de prime abord comme un réseau serré de contraintes. Tout autant, cette fermeture peut s'offrir comme une chance à saisir pour reformuler un projet artistique et un modèle économique et expérimenter de nouveaux champs d'action.

C'est ce dernier pari que lance le nouveau directeur de l'Opéra Comique Olivier Mantei, dont la nomination le 27 juin dernier procède tout à la fois d'une continuité visible – il a secondé durant huit ans le metteur en scène Jérôme Deschamps à la tête de l'Opéra Comique – et d'un profond changement de paradigme dans la pensée la conduite d'un grand établissement public au XXIe siècle. Producteur ayant toujours évolué entre le public et le privé, dont les règles au théâtre comme à l'opéra sont radicalement différentes – codirecteur depuis 2010 du théâtre des Bouffes du Nord avec Olivier Poubelle, il gère un établissement autofinancé à 85%, tandis que la salle Favart, bien que dans une moindre mesure par rapport à l'Opéra de Paris, dépend plus largement des subventions publiques –, Olivier Mantei apparaît dès lors comme un « homme double », dans le sens où l'historien Christophe Charle évoque les acteurs culturels au contact de deux cultures habituellement séparées, dont le jeu de « miroir sans tain » peut permettre de rebattre les cartes de l'économie du théâtre lyrique comme celles du régime des œuvres.

C'est ainsi qu’Olivier Mantei a décidé de tirer profit du chantier de la salle Favart et de l'ouvrir au grand public, créant par là une sorte de « système » de lieux virtuels et actifs faisant vivre l'Opéra Comique au travers d'un calendrier d'évènements regroupés sous le sigle de « Favart Off » – soirées organisées dans le chantier, ateliers  pour les abonnés et les amateurs de musique qui font vivre l'illusion d’un opéra quand celui-ci ne peut le faire par des spectacles, financement participatif, etc. Cette festivalisation du chantier participe dès lors d'une mutation souhaitée, quoique ambiguë, entre un mode production qu'on pourrait qualifier de capitaliste au sens technique du terme, vertical, où le processus productif est lui-même invisible et cantonne le public dans une position de pur récepteur, à un mode de production collectif, où un public socialement renouvelé et idéalement rajeuni serait impliqué de diverses manières.

À cette ouverture au public qui vise en creux à son renouvellement tout autant d'un point de vue sociologique que générationnel, l'Opéra Comique crée une nouvelle temporalité de production en offrant à certains projets des temps de gestation inhabituellement longs dans l'économie habituelle du théâtre lyrique. C'est le cas notamment du Fantasio d'Offenbach, confié à Thomas Jolly, figure majeure de la création théâtrale contemporaine qui s’attaque pour la première fois à un ouvrage lyrique et doit dès lors se positionner face au caractère hybride du parlé-chanté propre à l'opéra-comique. Grâce au chantier, en somme, Thomas Jolly et sa troupe vont en effet bénéficier d'un temps élargi avec la possibilité d'un travail dramaturgique poussé sur le riche livret de Fantasio, qui s'appuie librement sur la pièce d'Alfred de Musset en oscillant entre poétique du double et de l'irrationalité et célébration de la fête populaire autour de son personnage central : Fantasio, jeune bourgeois de Munich, décide de se faire passer pour le feu bouffon du roi afin de tromper son ennui. Son aventure l'amènera à empêcher le mariage d'Elsbeth, la fille du roi, avec le prince de Mantoue – ce qui entravera fortement le processus de paix entre les deux cités. En retour, la compagnie de Thomas Jolly, la Piccola Familia, peut réfléchir à développer un nouveau modèle de production lyrique en s'appuyant sur l'expérience du théâtre : création d'une véritable troupe, rendez-vous réguliers sur des temps assez longs afin de travailler la symbiose, le collectif.

Il apparaît bien que ces diverses réflexions constituent en soi un chantier pour les sciences humaines et sociales, donnant à explorer et à comprendre une « parole du dedans » – parole des métiers de la scène, à la fois réflexive et performative –, que l'équipe de chercheurs entreprendra de recueillir dans un jeu original d'interaction entre créateurs et chercheurs devenant passage entre la pratique du jeu et les paroles qui le construisent et/ou l'analysent. Dans cette double démarche réflexive, à la fois d'une institution s'interrogeant sur les conditions concrètes de son travail (conditions artistiques, intellectuelles, institutionnelles, matérielles, culturelles), et d'une équipe de créateurs dans le chantier d'une œuvre, la présence de chercheurs travaillant sur la création artistique par le prisme de différentes disciplines – musicologie, littérature, sociologie, philosophie… – viendra considérablement enrichir l'approche. Il s'agira de fournir, dans une position scientifique d'observation participante, un complément direct à la création. Non pas un discours a posteriori, comme le veut la tradition universitaire, mais un discours in medias res, qui vise à trouver sa place au cœur même de la pratique artistique et vient interroger la frontière entre production scientifique et production artistique. Selon Thomas Jolly, cette coopération permettra « une réhabilitation à la fois du métier de chercheur et de celui d'ouvrier du théâtre, le premier n'étant pas seulement un intellectuel enfermé dans les livres pour en écrire d'autres et le second n'étant pas qu'un saltimbanque : ils sont tous deux nécessaires pour qu'une réflexion, simple ou complexe, connaisse plus d'un média, aussi bien la parole que le geste » ((Thomas Jolly, présentation publique du projet Fantasio à l’Opéra Comique, décembre 2015.)).

Responsable scientifique : Karine Le Bail (CRAL – CNRS/EHESS)

Partenaires Labex CAP (personnes et institutions) :
- BnF (Département de la Musique / Bibliothèque-musée de l'Opéra) – Mathias Auclair, directeur
- Une collaboration est souhaitée avec l'Ecole nationale des Chartes pour le Fonds Louis Bernier de la BnF.

Posdoctorants, doctorants et masterants :

- Dominique Peysson. Docteur en physique des matériaux (1994) et en arts et sciences de l’art (2013), maître de conférence à l'ESPCI (1995-1998). Chercheure et artiste plasticienne à EnsadLab depuis plusieurs années, Dominique Peysson travaille en lien avec de nombreux laboratoires de sciences exactes. Elle promeut la rencontre entre les arts contemporains et les sciences. Elle bénéficie d'un contrat postdoctoral financé par PSL à l'ENSAD (ReM, RESPONSIVE MATTER. Expérimenter et créer avec de nouveaux matériaux responsifs), octobre 2015-octobre 2016.
- Maria Chiara Prodi. Doctorante au CRAL (doctorat Musique, Histoire, Société) sous la direction d'Esteban Buch et de Karine Le Bail autour du thème “Musique et médiation”. Adjointe à la directrice de production de l'Opéra Comique, en charge de la coordination artistique, elle assurera la coordination des enquêtes menées à l'Opéra Comique.

Ce projet est adossé à un atelier de création et de recherches institué par Karine Le Bail, l'EHESS et l'Opéra Comique dans le cadre d'une convention inédite visant à associer étroitement des étudiants de l'EHESS au processus de création d'un opéra méconnu de Jacques Offenbach, Fantasio, programmé pour la réouverture début 2017 de l'Opéra Comique après travaux, dans une mise en scène de Thomas Jolly. Sept étudiants ont été sélectionnés en décembre 2015 par un jury constitué de professeurs de l'EHESS, de l'équipe de direction de l'Opéra Comique, de Thomas Jolly et de sa compagnie La Piccola Familia. Le choix a été opéré en fonction de leurs compétences artistiques et de leurs thématiques de recherches :

- Anna Buy, masterante en Arts et Langages sur le thème « Poétique du matériau sonore dans la pratique artistique contemporaine »
- Charles-Alexandre Creton, masterant en Arts et langage sur le thème « Transferts de temporalité entre littérature et musique chez Berlioz, Musset et Proust »
- Eddy Garaudel, étudiant à l'École Normale Supérieure de Paris et masterant à l'EHESS sur le thème de « La figure de l'homme naturel dans l'opéra-comique du XVIIIe siècle »
- Margaux Mergier, masterante à l’EHESS en Arts et langage – parcours images et cultures visuelles – sur le thème de l’intermédialité dans les productions artistique contemporaines
- Solal Piérot-Guedj, titulaire d’un Master 2 Pro de Philosophie à l'ENS de Lyon, et d’un Master 1 de Philosophie à l’ENS de Lyon sur le thème de l’imagination comme méthode chez Alfred North Whitehead. Masterant en Musique à l'EHESS sur le thème des publics d'opéra et de la violence dans leur rapport au fait musical.
- Noémie Regnaut, élève de l'ENS de Lyon, titulaire d'un Master 2 en « Arts de la Scène » sur le thème des figures de l'exil dans les autobiographies théâtrales contemporaines. Masterante à l'EHESS en Arts et langages – parcours image et culture visuelle – sur le thème “Les formules du tragique” chez Roméo Castellucci.
- Maria Ridao Mestres, masterante en Arts et langage sur le thème des rapports entre théâtre et philosophie dans l'œuvre de Calderón de la Barca.

Autres partenaires :
- Opéra Comique – Olivier Mantei, directeur et Agnès Terrier, dramaturge
- La Piccola Familia – Thomas Jolly, metteur en scène, Alexandre Dain, assistant à la mise en scène et Katja Krüger, dramaturge sur l'opéra Fantasio
- Radio France – Pool son, Bernard Lagnel preneur de son et mixeur en charge des recherches sur le binaural (http://www.lesonbinaural.fr/) et le plasticien sonore Pascal Rueff (http://www.binaural.fr/binaural/)

Le projet est rattaché à la Plateforme 4 : Expositions, pratiques et expériences du Labex CAP.

Mercredi 10 mai 2017

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